Jeune & Laide
Camille Yembé, CD
Vendu par E.Leclerc
Camille Yembé, CD
Vendu par E.Leclerc
Camille Yembé, Vinyles
Vendu par E.Leclerc
- Déjà le titre de votre album interpelle : « Jeune et Laide ». Jeune, ok, mais laide, c’est de la provoc ou c’est comme ça que vous vous voyez ?
Non-non, ce n’est pas comme ça que je me vois ! En fait ce mot « laid » ne repose pas forcément sur le physique, mais c'est intéressant que vous releviez ça comme ça. En gros, dans mon album je parle de ma jeunesse et quand on entend le mot jeune, les premiers mots qui viennent à l’esprit c'est la beauté, la fougue, la légèreté… Sauf que quand je pense à ma jeunesse c’est plutôt des choses dures, un parcours un peu cabossé.
- Alors pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, vous pouvez nous dire un peu qui vous êtes, d’où vous venez ?
Je suis née à Bruxelles, précisément à Molenbeek où j'ai grandi. La musique m’intéresse depuis à peu près toujours mais je me suis vraiment lancée il y a deux ans. J'écrivais pour les autres et je pense qu’à un moment ça ne m'a plus suffi, donc j'ai craqué, j'ai quitté mon travail et je me suis lancée dans la musique pleinement.
- Vous avez été remarquée dès votre 1er EP en 2025, jusqu’à Stromae qui vous a carrément validée ! Ça a été un tournant pour vous, pour la confiance, la légitimité ?
Oui clairement !
Quand je sors mon premier morceau, c'est un saut dans le vide parce que j'aime trop la musique, mais j'y vais aussi avec une petite sensation d'illégitimité, pas hyper sûre de moi… Donc avoir quelqu'un comme ça qui qui valide, surtout Stromae qui est quand même l'artiste francophone par excellence ! Le fait de me dire qu'il m’a écoutée et qu'il s'est dit « c'est trop fort », ça m'a donné confiance et ça a été quand même un petit tournant pour moi, et aussi pour la manière dont les gens m'ont perçue.
- Vous sortez votre 1er album, lancé par le titre « Je ne l’ai jamais dit à personne » dont les paroles pourraient être de l’égo trip comme dans le rap mais vous définissez votre musique comme de la nouvelle pop, c’est ça ?
Je définis ma musique comme de la nouvelle pop parce que je sais justement qu'il y a des tas d'inspirations et qu'on peut y entendre du rap, comme sur le deuxième couplet qui est très kické. Mais c'est ça ma pop, comme ça que je la vois : elle embrasse plein de genres différents.
- Dans cet album de 15 titres, vous abordez plusieurs thèmes, l’identité, la résilience, la liberté. On sait tout de suite qui vous êtes, on sent les vibes que vous dégagez. Vous pensez que c’est cette sincérité, cette franchise, qui a permis au public de se connecter très vite avec vous ?
Franchement, je pense qu'il n'y a rien de plus populaire et d'universel que de parler de soi intimement. Et ça c'est un truc que le rap nous a beaucoup appris. C'est un genre qui est parfois regardé de la mauvaise manière, mais qui est très intime et du coup parle à beaucoup de personnes… C'est vrai que se raconter dans l'intimité ça ramène des personnes qui se retrouvent en toi et dans ton parcours. Donc dès le départ il y avait cette volonté, je m'étais dit OK je veux vraiment parler de moi, de ma vie et ramener mon récit « populaire » au sens propre du terme, dans la pop.
- Vous avez des guests sur 2 titres : Ino Casablanca sur le très beau « Auto-Défense » et Lous and the Yakusa sur « 16 ans dans les veines ». C’est aussi une façon d’explorer, ou de revendiquer, cette idée de brassage culturel, de genre ?
J'avais tout simplement envie d'inviter des personnes que j'écoute. Ino c'est un artiste que j'aime énormément, je trouve que ce qu'il fait est neuf, très frais et comme il brasse aussi beaucoup de genres différents, l’envie de l'inviter est venue très naturellement. Pour moi c’était important d’avoir Lous, parce qu'elle est belge, qu’elle fait aussi de la pop. Avoir une femme sur le projet je trouvais ça intéressant pour moi, sans que ce soit une revendication, plutôt une incarnation.
- J’ai lu que vous aviez beaucoup écouté Diam’s, Charles Aznavour et Raymond Devos : ce qui les relie entre eux, et eux à vous, c’est l’amour de la langue, du mot, du sens, et vous trouvez que l’inspiration a quelque chose de mystique ?
Oui totalement, je pense qu’il y a un moment où on ne sait plus expliquer comment on a écrit telle ou telle chanson ! Par exemple « Je ne l'ai jamais dit à personne », très sincèrement au moment où les mots sortent et que la chanson se fait, j'ai presque envie de dire ce n'est pas grâce à moi… Je pense qu'à un moment donné, le message est plus fort que soi et que c'est un truc mystique qui vient presque d’ailleurs. Une connexion qui se fait. Dans ma manière de faire de la musique, il y a quelque chose de très spirituel.
- Vous écrivez les paroles, mais vous composez aussi ou des musiciens vous font les compos ?
Majoritairement dans mon album, ce sont les musiciens qui me font des compos, mais il y a quelques morceaux, notamment « Je n'ai jamais dit à personne » et « Dans le rétro » que j'ai composé. Deux chansons hyper intimes finalement ! Et puis j'aime m’entourer, j'aime avoir des personnes qui arrivent avec leur énergie, leur part de mystique : c'est important pour moi de ne pas me satisfaire que de ce que je fais.
- Vous dites que l’image vous importe autant que la musique, que vous pensez déjà aux clips en écrivant vos chansons ?
Exactement ! Certaines chansons appellent directement des images, des séquences, et presque malgré moi je vois ce que ça pourrait donner… J'aime beaucoup l'image parce ça vient raconter autre chose, on a la possibilité de ramener un angle différent, de proposer un contexte.
Par exemple, que le clip de « Je ne l'ai jamais dit à personne » se passe en plan séquence dans une pièce plus ou moins vide et que je sois pieds nus, ça vient raconter autre chose. J'aime beaucoup incarner là d'où je viens, ce que je suis physiquement, en termes de vêtements, de mouvements, c'est important pour moi.
- Vous commencez bientôt une grosse série de concerts en Belgique et en France, d’ailleurs celui à La Maroquinerie est déjà sold out, comment vous abordez la scène, vous avez le trac ou c’est le bonheur total ?
J’ai le trac. Je croise les doigts pour qu'un jour ça disparaisse, mais j'ai énormément le trac ! En fait je suis stressée jusqu'au moment où j’arrive sur scène, là quelque chose retombe, un déclic se fait dans ma tête et je rentre en mode plus conquérante, pour aller chercher le public et créer un moment de communion.
- Votre mantra, c'est « Imagine juste que ça marche ». Ça a l'air de bien vous réussir, qu'est-ce qu'on pourrait vous souhaiter de plus ?
Que ça marche longtemps… Ce que je souhaite par-dessus tout, c'est d'avoir une position qui ne puisse plus être remise en question. D'avoir un art, une œuvre qui reste même si je décidais de disparaître un peu avant de revenir, que mon œuvre soit suffisamment grande pour exister par elle-même. Comme Stromae par exemple !