Interview : Michel Bussi - Rien ne t'efface

A l’occasion de la parution de Rien ne t’efface, nos libraires ont interviewé Michel Bussi. Prêts à lever un coin du mystère ?

Michel Bussi rencontre les libraires Espace Culturel

Maman a tort, Le Temps est assassin, Au soleil redouté… En une quinzaine d’années, Michel Bussi s’est imposé comme une référence du polar, et tout simplement l’un des écrivains préférés des Français. Le revoici (dès le 4 février) avec Rien ne t’efface.

Le pitch ? Maddi, médecin généraliste, élève seule son fils de 10 ans, Esteban. Mais un jour ce dernier disparaît. Dix ans après, alors qu’elle revient sur les lieux, elle fait la connaissance de Tom : il a l’âge qu’avait Esteban, lui ressemble de façon si frappante que Maddi, troublée, n’entrevoit qu’une explication « rationnelle » : Tom est la réincarnation de son fils. Elle va alors le suivre jusque chez lui, en Auvergne, pour protéger cet enfant mieux qu’elle n’a pu protéger Esteban. Avant de le retrouver pour délibérer ensemble sur le prochain Prix Landerneau Polar (dont il sera président du jury), nos libraires ont interviewé Michel Bussi.

Michel Bussi présente son nouveau roman en vidéo

Vous êtes écrivain et géographe, et les lieux sont souvent des personnages à part entière de vos romans. Sont-ils choisis dès le départ, où s’imposent-ils en fonction des besoins de l’intrigue ?

Si je n’avais pas été géographe, aurais-je écrit de la même manière ? On ne le saura jamais. Mais vous avez raison : j’attache une grande importance à décrire les lieux de mes romans (la Normandie dans mes premiers livres, la Réunion, la Corse…), et à y immerger le lecteur. Pour Rien ne t’efface, j’avais cette idée d’un petit village, d’un environnement assez calme et mystérieux. L’Auvergne des volcans que je connais bien pour y avoir passé de nombreux étés en colonie de vacances, s’est imposée. Quant au Pays Basque, les lecteurs verront qu’il me fallait cette langue étrange et particulière qu’est le basque pour les besoins du livre…

Dans vos romans, comment s’opèrent les retournements de situation : ils s’imposent d’eux-mêmes, ou les prévoyez-vous dès le départ ?

Ils sont clairement prévus ! J’éprouve un grand plaisir à perdre le lecteur, et à l’amener à ce moment où il va se dire « ça y est, enfin, j’ai compris ! ». Il faut que ça apparaisse comme logique, sans lui donner l’impression que je joue au deus ex machina. Bref, qu’une grande partie de ce qu’il n’avait pas saisi, ou pas vu, prenne d’un coup sens. Je fais très attention à cela, lorsque j’écris je crains toujours que ça « saute aux yeux ». Mais lorsque je fais relire mon manuscrit à d’autres, cela fonctionne et je suis rassuré… Pour Rien ne t’efface, je suis prêt à parier qu’une bonne partie des lecteurs pariera sur le mauvais coupable…

La réincarnation est au cœur de ce nouveau roman. Y croyez-vous ?

Non, mais le sujet m’intéresse. Je me suis plongé dans les travaux du professeur Ian Stevenson sur le sujet. Il observe par exemple que de très nombreux enfants prétendent avoir eu d’autres vies antérieures, dires qui sont corroborés par leurs familles. Notamment dans les cas où il y a eu une mort violente dans la famille… ce qui ne peut qu’intriguer un auteur de romans policiers ! Et puis, c’est une jolie chose de se dire que tout ne nous vient pas de l’ADN, mais que peut-être nous héritons de traits de caractère issus de nos vies d’avant. Cela dit, Rien ne t’efface n’est pas pour autant un roman paranormal : tout trouve une explication rationnelle.

Dans les théories de la réincarnation, on distingue 4 âmes (infantile, enfant, jeune, mature), concept dont vous faites usage dans ce roman…

Effectivement, en particulier avec le personnage de Nectaire, cet ancien flic qui serait une âme mature, c’est-à-dire qu’elle a déjà traversé plusieurs réincarnations, et est plus sage ou en tous cas plus à même de prendre le temps. J’ai beaucoup aimé créer ce personnage qui est une sorte de « Colombo à l’envers », sans le moindre instinct, et qui considère que le monde se sépare toujours en deux catégories !

Comme d’ailleurs pour d’autres de vos romans, Rien ne t’efface fait référence à une célèbre chanson (Pas toi, de Jean-Jacques Goldman). Quelles sont vos relations avec la chanson ?

Effectivement, quand je commence une nouvelle histoire je regarde dans le « stock » des chansons françaises quel titre ou quel passage je pourrais emprunter. Mais l’histoire elle-même ne fait évidemment pas référence au chanteur, c’est avant tout un jeu de correspondances. Avec Rien ne t'efface, je suis assez content parce que ça colle tout de même bien avec l'histoire, ces trois mots fonctionnement bien avec la couverture qui représente le reflet d’un garçon qui disparaît. Même si ce n'est pas d'une originalité folle : beaucoup de chansons parlent de l'absence ! D’autre part, je trouve que c’est une très belle chanson, connue mais pas non plus la plus célèbre de Goldman, qui sonne comme une chanson d’amour mais dont les paroles sont plutôt désespérées (Graver l'écorce / Jusqu'à saigner / Clouer les portes / S'emprisonner).

Dans ce livre, il y a une question sous-jacente sur la maternité, le fait d’être ou non une mauvaise mère… Est-ce un sujet qui résonne en vous ?

Malgré le fait que je sois un homme ? Et bien oui, c’est d’ailleurs un thème que j’ai plusieurs fois traité. Je n’écris pas de thriller, les histoires les plus atroces de crimes de sang un peu grand-guignol, ce n’est pas ce qui m’effraie le plus. En revanche, la perte d’un enfant pour une mère, c’est à la fois plus réaliste, plus universel et plus terrible. Tout le monde, ou au moins ceux qui ont des enfants, peuvent s’identifier à cela. Une mère est capable de tout pour son enfant, elle peut sacrifier sa carrière, sa vie… C’est donc pour moi une inépuisable source d’histoires de trahison ou de vengeance, avec des héroïnes jusqu’au-boutistes. À l’inverse, dans mes romans je fais souvent état de la lâcheté des hommes… Pour finir là-dessus, je constate que mes personnages sont assez souvent des solitaires, ils sont en marge. La présence d’un enfant constitue aussi une réponse à la solitude, et il y a une espèce de force de l’enfance qui tranche avec la fragilité des adultes. Les enfants et adolescents de mes livres ont un franc-parler, un humour, une faculté à poser les questions qui vont faire exploser les tabous, alors que les adultes sont à l’inverse empêtrés dans leurs mensonges et leurs contradictions.

Votre héroïne s’appelle Maddi Liberi, y a-t-il une signification derrière ce nom ?

Effectivement, le nom évoque la liberté, elle est médecin libéral… C’est à dessein ! D’ailleurs, beaucoup de personnages du roman, les lecteurs s’en apercevront (ou pas), ont des noms qui correspondent aux puys d’Auvergne.

Michel Bussi Rien ne t'efface

Rien ne t'efface, découvrez l'histoire

Par amour pour un enfant, que seriez-vous prêt à faire ? Maddi, elle, ira jusqu’au bout… Une intrigue magistrale, un twist virtuose pour le nouveau suspense 100% Bussi.

2010. Maddi est médecin généraliste à Saint-Jean-de-Luz, une vie comblée avec Esteban, son fils de 10 ans. Ce jour d’été là, elle le laisse quelques minutes seul sur la plage. Quand elle revient, Esteban a disparu. 2020. Maddi a refait sa vie, et revient sur cette plage en pèlerinage. Au bord de l’eau, un enfant est là. Même maillot de bain, même taille, même corpulence, même coupe de cheveux. Elle s’approche. Le temps se fige.

C’est Esteban, ou son jumeau parfait. Maddi n’a plus qu’une obsession, savoir qui est cet enfant. Il s’appelle Tom, il vit à Murol en Auvergne. Elle prend la décision de s’y installer. Plus Maddi espionne Tom, et plus les ressemblances avec Esteban paraissent inexplicables : mêmes passions, mêmes peurs… même tache de naissance.

Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour découvrir la vérité, et sauver son enfant ? Ou ce garçon qui lui ressemble tant. Ce qu’elle ressent profondément, c’est que Tom est en danger. Et qu’elle seule peut le protéger. Sur le thème puissant de la maternité, Michel Bussi, auteur des best-sellers Le temps est assassin ou Au soleil redouté, livre un nouveau suspense addictif, vertigineux, servi par un twist de haut vol, dans lequel se justifie l’impensable par amour pour un enfant. Avec ses polars d’une ingéniosité impressionnante, Michel Bussi s’est hissé en tête des meilleures ventes des romanciers français.

Biographie de l'auteur

Professeur de géographie, 2e auteur français le plus lu en France en 2019 (Palmarès Le Figaro-GFK).

Ses ouvrages sont traduits dans 36 pays et trois romans ont été adaptés à la télévision. Il est l’auteur aux Presses de la Cité (puis Pocket) de Nymphéas noirs, polar français le plus primé en 2011, Un avion sans elle, Ne lâche pas ma main, N’oublier jamais, Gravé dans le sable, Maman a tort, Le temps est assassin, On la trouvait plutôt jolie, Sang famille, J'ai dû rêver trop fort, Tout ce qui est sur terre soit périr, Au soleil redouté et, aux éditions Pocket, de T’en souviens-tu, mon Anaïs ? Plusieurs romans sont adaptés en BD : Nymphéas noirs, Gravé dans le sable, Mourir sur Seine, N'oublier jamais (2021). Il a publié Les Contes du réveil matin (Delcourt) ainsi que trois albums de contes, Le Grand Voyage de Gouti, Le Petit Pirate des étoiles, Le Petit Chevalier naïf (Langue au Chat) et La Chute du soleil de fer, premier volume de NEO, sa tétralogie est paru chez PKJ.