Interview de Delphine de Vigan

Delphine de Vigan est notamment l’autrice de No et moi (Prix des libraires), de Rien ne s’oppose à la nuit (Prix du roman Fnac, Prix du roman France Télévisions, prix Renaudot des lycéens et Grand Prix des lectrices de Elle) et D’Après une histoire vraie (Prix Renaudot, Prix Goncourt des lycéens).

En mars, elle nous revient avec un nouveau roman, Les enfants sont rois. A cette occasion, nous avons eu la chance de lui poser quelques questions.

Interview de Delphine de Vigan

-Pourquoi avez-vous choisi le thème des enfants-stars sur les réseaux sociaux ?

Je suis tombée un jour par hasard sur un reportage qui montrait de très jeunes enfants, dits « influenceurs », sponsorisés par une marque de vêtements et accueillis comme des stars dans un centre commercial. Lorsque quelque chose me heurte ou me questionne, je tente souvent de le comprendre ou de m’en approcher par l’écriture. Mais ce qui m’intéresse avant tout, c’est ce qu’un tel phénomène raconte de notre époque. -Les enfants-stars existent depuis longtemps. Qu'est-ce qui selon vous a changé depuis ces deux dernières décennies ? C’est vrai. Mais il me semble qu’avec les réseaux sociaux, tout est multiplié : le désir de célébrité, la mise en scène de l’intimité, le besoin d’être vu pour exister. Ce qui a fondamentalement changé, c’est qu’il n’est plus nécessaire de chanter, de danser ou de jouer la comédie pour être connu. Il suffit de déballer des cadeaux et de faire l’éloge de produits de grande consommation.

-Pourquoi le personnage de Mélanie ne parvient-il pas à s'extraire de cette addiction à la publication de contenus ?

Mélanie rêvait d’être une star de téléréalité. Elle a eu sa chance, mais cela n’a pas marché. Grâce à ses enfants, elle est devenue la femme publique qu’elle a toujours rêvé d’être. C’est elle la Reine ! Il y a sans doute chez elle une faille, mais Mélanie est peut-être tout simplement une femme de son époque, qui a besoin du regard des autres, de leurs likes, de leur admiration, pour exister.

Delphine de Vigan

-On apprend aussi beaucoup dans votre roman sur le métier de procédurier (procédurière en l'occurrence). Comment avez-vous fait vos recherches sur ce thème ?

J’ai eu la chance de pouvoir interviewer plusieurs enquêteurs de la Brigade Criminelle de Paris et de rencontrer l’un de ses procéduriers. C’est en effet un métier qui est moins connu du grand public, mais qui joue un rôle essentiel dans l’enquête judiciaire. A travers le personnage de Clara, cette jeune femme flic qui enquête sur la disparition d’un enfant, le lecteur découvre à la fois ce métier et l’univers des enfants influenceurs.

-Ce qui est inattendu, c'est que votre roman ne s'arrête pas avec la résolution de l'enquête. Qu'avez-vous voulu exprimer de cette manière ?

Il me semblait important d’imaginer ce que ces enfants vont devenir à l’âge adulte. Ils sont filmés tous les jours par leurs parents, possèdent tout ce dont un enfant peut rêver et, dans certains cas, leur vie entière est racontée sur les réseaux sociaux. Le roman se termine en 2031 car je voulais que l’on retrouve ces personnages dix ans plus tard : Mélanie et son mari, leurs enfants, Clara et son chef. Et à travers eux décrire le monde de demain, tel que nous pouvons aujourd’hui l’extrapoler, dans le prolongement du nôtre.

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