Autrices de Science-Fiction à l'honneur

On pourrait penser qu'elles ne sont pas légion, comparées à leurs homologues masculins, et pourtant : depuis Mary Shelley et son Frankenstein, les femmes se sont peu à peu fait une place sur les étagères de la littérature de science-fiction. Place de plus en plus importante et singulière… Il était temps de leur donner la visibilité qu'elles méritent. 

Les pionnières : depuis les années 70, des anglo-saxonnes se distinguent

C’est vers les années 1970 que les femmes se font de plus en plus remarquer dans les romans de science-fiction. A cette période, on assiste à une émergence des utopies dites « critiques » avec des œuvres d’Ursula Le Guin, Margaret Atwood, ou encore Connie Willis…

Ursula K Le Guin, entrée au Panthéon de la SF avec La main gauche de la nuit

Ursula K Le Guin est surtout connue à partir des années 1960 pour ses nouvelles et romans de fantasy et de science-fiction dans lesquels elle explore des thèmes anarchistes, taoïstes, féministes, ethnologiques, psychologiques ou sociologiques. Au travers son livre Le monde est forêt, écrit en 1972, elle raconte la colonisation d’une planète pour y puiser les ressources, et se met dans la peau du colonisé en le représentant sous une forme extra-terrestre. Elle exprime ainsi son point de vue très anticolonialiste et anti militariste vis-à-vis de l’annexion d’un territoire, d’une espèce sur l’autre.

Dans La main gauche de la nuit, écrit en 1969, Ursula K Le Guin explore une société dans laquelle les individus ne sont ni hommes ni femmes. C'est une société complexe : le décompte du temps, le système politique, les relations familiales sont différents ; les conceptions des choses elles-mêmes le sont. La Main gauche de la nuit se questionne (avec bien des années d’avance pour l’époque !) sur la pertinence du genre et sur l’utilité de cette démarcation finalement aussi sociétale que biologique. Ursula K Le Guin a reçu le prix Nebula et le prix Hugo pour son ouvrage.


Ursula K. Le Guin : ses romans cultes

Margaret Atwood et La servante écarlate : 40 ans après son écriture, au cœur de l’actualité

Avec La servante écarlate, écrit en 1985, Margaret Atwood signe une œuvre mondialement reconnue. Adaptée au cinéma, à l’opéra et à la télévision, (la série The Handmaid’s Tale sort aux Etats Unis en 2017 puis en France en 2018), La servante écarlate éclaire d’une lumière terrifiante l’Amérique contemporaine écrira même Télérama.

Presque 40 ans plus tard, le message porté par Margaret Atwood reste en effet d’actualité. Elle imagine un monde dans lequel la combinaison de pollutions environnementales et de maladies sexuellement transmissibles entraîne une baisse dramatique de la fécondité. Devant ce constat, la république de Galaad, fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d'esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles.

Dans le contexte de pression religieuse et morale qui marque les États-Unis, le livre a gagné encore plus fortement en résonance, et on a vu des mobilisations contre le président Donald Trump s’en servir comme référence d’un présent en train de se précipiter vers la dystopie.

En 2019, 2 ans après la sortie de la série inspirée de son premier grand succès aux Etats Unis The Handmaid’s Tale, Margaret Atwood écrit une suite : Les testaments. A la différence du premier tome qui offre le récit introspectif d'une victime ordinaire du régime de Galaad, sa suite relate une histoire sans Servantes, mais pleine d'action et d'espoir, au cœur de la résistance, et invite notamment un personnage de la série télévisée, Bébé Nicole. L’histoire est peut-être moins surprenante que ne l’était la première partie, mais Les testaments reste un « page turner » captivant.


Margaret Awood : ses romans cultes

Connie Willis, se replonger dans le passé pour prévoir le futur…

Dans ses livres, Connie Willis aborde avec maîtrise, des thèmes parfois difficiles, violents ou dramatiques comme la guerre, la mort, la pandémie. Toujours minutieusement documentés et très fidèle à l’Histoire, ses récits ne se départent jamais d'un humour pince-sans-rire (que certains qualifient « d'anglais », bien qu'elle soit américaine…).

C’est le cas dans Le Grand livre, un roman de science-fiction qu’elle publie en 1992. Elle nous plonge dans l’univers des historiens de l’Université d’Oxford transportés dans le temps pour explorer « en vrai » les périodes qu’ils étudient. Elle plonge le lecteur dans l’Angleterre du Moyen Age d’un côté, et dans une époque où le pays doit faire face à une pandémie (sujet d’actualité… !).

Presque 20 ans plus tard, Connie Willis nous offre une suite, « la plus belle réussite à ce jour de l'un de nos meilleurs écrivains de science-fiction » écrira The Denver Post. Dans Black-Out, les historiens d’Oxford sont plongés dans l’Angleterre de 1940. A eux de tenter de comprendre cette époque, sans en changer le cours, au risque d’être bloqués dans cet espace temporel…

Connie Willis nous confirme que, avec leurs connaissances parcellaires, tributaires des sources et de grilles de lecture méthodologiques, les historiens n'apparaissent pas comme les mieux armés pour affronter le passé, l'Histoire n'étant finalement qu'un ordre recréé a posteriori…


Connie Willis : ses romans cultes

La relève : des auteures de SF dans toutes les régions du monde

Depuis quelques années, les auteures féminines s’essaient (et réussissent !) de plus en plus à l’écriture de romans de science-fiction.

Becky Chambers, la vie sur Terre ou dans l’espace, quelles réelles différences… ?

Becky Chambres est née aux Etats Unis en 1985. Cette jeune auteure a débuté l’écriture par des romans de Fanfiction, notamment inspiré du manga « Sailor Moon ». Passionnée par l’espace (sa mère est astrobiologiste), elle en fait le décor de ses romans. Mais, loin d’être des récits de bataille ou de conquête spatiale, ses romans s’intéressent plutôt à la vie à bord des vaisseaux spatiaux et elle porte une attention particulière à la construction de ses personnages et aux liens sociaux. L’intrigue de son roman L’Espace d’un an se déroule essentiellement dans un huit-clos, à bord du Voyageur, donnant ainsi un bon aperçu de la vie commune des membres de l’équipage.

Becky Chambers se distingue également par sa capacité à aborder des questions sociales telles que l’égalité et la diversité.

Estelle Faye, la space piraterie d’aventure à la française

Estelle est une auteure française, la quarantaine, qui a débuté sa carrière d’écrivain en 2009 avec l'anthologie Dragons. Avec Les nuages de Magellan, sorti en 2018, Estelle Faye nous plonge dans un space opera, une sorte de roman de piraterie ayant comme décor l’espace. Dans son récit, l’aventure prime, de celle qui ne s’embarrasse pas de considérations scientifiques.

Ses romans abordent des réflexions sur la mémoire, la prise en main de son destin, la responsabilité, mais aussi le transhumanisme, ses possibilités et les problématiques qu’il soulève.

Youmiko Shirai, la mangaka, les sentiments humains les plus profonds décryptés (et illustrés !) d’une main de maître 

Youmiko Shirai, mangaka japonaise connue depuis 2007 et révélée en France chez Komikku avec Rafnas, annonce son retour avec la série Wombs, dont le premier tome (sur cinq) sera à découvrir en mars prochain.

Dans cette série, Yumiko Shirai dessine un univers dense et complexe, où elle prend le temps de développer son histoire, ses personnages et un monde cohérent où le moindre détail est pensé. La série commence comme le parcours d'une jeune fille "de campagne" qui devra s'adapter aux réalités de l'armée. L'œuvre va ensuite se complexifier pour aborder de nombreuses thématiques, entre les secrets politiques, les jalousies, les trahisons, la peur de l'altérité, la liberté individuelle, la maternité...


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